Au cœur du court – Une première expérience de jury
Alys Bernier-Lévesque
Le festival REGARD est le plus grand évènement international de courts-métrages en Amérique du Nord. Cette année, du 18 au 22 mars, une foule de passionnés du cinéma se sont déplacés jusqu’au Saguenay pour venir visionner le travail d’artistes de partout sur la planète. Des images troublantes, des histoires touchantes, des fous rires poignants et des plans choquants, en l’espace de cinq jours, le public a vécu, comme à chaque année, une expérience unique et enivrante.
Chaque année, les étudiant.es du programme arts et lettres, profil cinéma, ont la chance d’aller au Saguenay pour vivre ce festival, qui célébrait cette année son 30e anniversaire. Plus précisément, les étudiant·es en cinéma participent à deux festivals : Regard, et De l’âme à l’écran, un festival intercollégial de cinéma où nous pouvons soumettre nos propres créations. De jeunes passionné·es de cinéma de partout au Québec se retrouvent donc au cégep de Jonquière pendant trois jours. Cette année, nous étions 50 à quitter le Collège Maisonneuve à bord d’un autobus. C’est dire que l’ambiance était festive!
Pendant que mes coéquipiers visionnaient des films étudiants et des programmations focus de Regard, tout en participant à des conférences sur le métier données par des professionnel·les du milieu, moi, je me prenais à un autre jeu, celui de jury. Au cœur du court permet à des élèves sélectionnés dans quelques cégeps à travers le Québec de choisir la programmation REGARD qui sera projetée dans les institutions d’études supérieures. Pour faire cela, nous avons d’abord dû visionner la totalité des courts-métrages en compétition officielle. Cela équivaut à une soixantaine de films d’une durée de 4 à 30 minutes. Nous avons vu des fictions, des documentaires, des animations, des œuvres qui chevauchent toutes ces frontières génériques et d’autres expériences indescriptibles. Les regarder était, en soi, hors du commun. Nous étions dans un grand amphithéâtre, avec balcon, salle comble. Nous sentions la nervosité et l’excitation dans l’air. Des réalisateurs et leurs équipes étaient présents pour présenter le fruit de leur travail et admirer la réaction de milliers de cinéphiles à leur œuvre. Chaque personne avait un but commun, comprendre et faire briller le court!

Une fois chaque visionnement de bloc terminé, notre groupe d’enthousiastes s’isolait pour débattre, sous la supervision de l’enseignante Stéphanie Boutin du Collège de Maisonneuve. Tout était abordé sans honte. Les qualités, les défauts, les thèmes, la justesse des propos, leur importance auprès des jeunes. Les avis se partagent, changent et, ensemble, un commun accord se forme. Ce qui semble à première vue comme un exercice facile s’avère être en fait un travail collaboratif très complexe. La programmation désirée doit être équilibrée, que ce soit dans les thématiques abordées, les genres utilisés, les identités représentées, etc., et ce, sans parler des goûts personnels souvent très différents des membres du jury, notamment parce que nous provenions tous de coins très différents du Québec. En plus, la programmation doit être construite autour d’un rythme efficace, qui maintient l’attention du spectateur pendant son entièreté. Par exemple, si on commence avec un film plus lourd, on terminera avec quelque chose de plus léger, pour que le public quitte avec le sourire sur les lèvres. On se retrouve donc avec une programmation diversifiée de 90 minutes (l’équivalent d’un bloc Regard) que nos cégeps pourront regarder pour expérimenter le meilleur du festival à l’automne prochain.
Le festival REGARD m’a permis de vivre quelques jours dans le vaste monde du court-métrage, un univers qui n’est pas assez exploré à mon avis. J’ai été émue, j’ai ri, j’ai socialisé, j’ai appris, j’ai analysé, j’ai dansé mais, surtout, j’ai ouvert mes horizons sur un univers que je pensais inconquérable. Chaque journée était épuisante, sans parler des soirées festives au magnifique cabaret Regard, mais si nourrissante. Je ressors de cette aventure confiante pour le futur du cinéma et j’y retournerai certainement l’année prochaine.

