Dans le cadre du ciné-club Le 3e Œil et de son partenariat avec le Goethe Institut, les étudiants.es ont été invités.es à assister à une représentation spéciale du film allemand Das Weisse Band (Le ruban blanc) de Michael Haneke au Goethe Institut de Montréal.

Ce drame historique et psychologique, vainqueur de la Palme d’or du Festival de Cannes 2009, ne laisse pas indifférent. Michael Haneke, le réalisateur, nous présente une œuvre pleine de dualités, et ce, dans toutes les sphères d’une société ébranlée. En effet, cette histoire se situe dans un petit village allemand, dans les années 1913-1914, où la religion règne et où la violence quotidienne est à son comble. Le narrateur, le professeur de l’école du village, nous guide tout au long du film au travers des maisons de ce petit village en nous racontant les histoires abominables qui se produisent tout au cours de l’année précédant la Première Guerre mondiale. On comprend vite que les racines de cette guerre sont enterrées profondément.
Les thèmes dénoncés
Les enfants du village prennent une place importante dans cette œuvre. Nous les voyons de manière extrêmement vulnérable, subissant d’effroyables châtiments qui crèvent le cœur. Les enjeux familiaux sont dénoncés de façon crue et, dans chacune des familles, nous sommes témoins de violence, que ce soit physique, mentale ou sexuelle. La religion n’est pas montrée sous son meilleur jour non plus. En effet, elle est omniprésente dans cette société et possède une mainmise sur la vie quotidienne des villageois. Servant aussi souvent d’excuse pour commettre des gestes domestiques questionnables, cette croyance patriarcale perdure et donne un certain pouvoir au pasteur ainsi qu’aux pères des familles. Enfin, le secteur institutionnel n’est pas très bien représenté non plus et forme une énorme dualité avec les campagnards. En effet, la noblesse est dépeinte de manière hautaine et n’a pas de réel intérêt envers le peuple. Nous les voyons très peu interagir avec ces derniers. Leurs seuls intérêts sont les leurs. C’est donc dire que le film montre une société déchirée par une série de rapports de force entre puissants et faibles.
La signification du ruban blanc
Même si le titre du film est Le ruban blanc, il n’est pas souligné énormément au cours du long-métrage. Sa signification est même cachée. Cependant, le ruban blanc forme une puissance écrasante dans cette société. En effet, montré surtout dans la maison du pasteur, il désigne la pureté et l’innocence que les enfants doivent représenter aux yeux de tous. On le place donc physiquement sur les jeunes, dans les cheveux pour les filles et pour les garçons, enroulés autours du bras, signalant ainsi cette pression de n’enfreindre aucun péché. Un tel symbole de « pureté » n’est pas sans rappeler les dérives nazies à venir. Cela contraste considérablement avec les actions des adultes qui commettent des actes, souvent envers les enfants, qui vont complètement à l’inverse de cette métaphore puritaine.
Si le film est d’une pertinence incroyable pour les thèmes qu’il aborde, en nous mettant en garde contre la décadence de la société comme source potentielle du fanatisme, il importe de mentionner ses qualités esthétiques. Le noir et blanc, signé Christian Berger, est d’une grande beauté, illustrant encore une fois cette dualité à l’œuvre dans le scénario. Et la musique, signée Guillaume Sciamma, à elle seule, mérite un visionnement!
Film dramatique de Michael Haneke. Avec Christian Friedel, Ulrich Tukur, Josef Bierbichler. Allemagne, Autriche, 2009, 144 minutes.
