La nouvelle, par Nour-Houda Atamna

Image générée par l’IA

Martin Tremblay, le radiologue en chef de l’Hôpital Royal Victoria, avait été appelé en urgence pour donner son avis sur une IRM qui était très étrange selon les dires de son médecin résident. Il s’agissait d’un cas qu’il n’avait jamais rencontré durant toutes ses études de médecine et même d’un cas cliniquement impossible. C’était le soir d’Halloween, il faisait noir et humide. Les corbeaux voltigeaient autour de l’immeuble comme un mauvais présage. En plus, durant la journée, Martin avait croisé un chat noir en passant en dessous de l’échelle de son voisin…

Mais le docteur Tremblay n’était pas superstitieux, et c’est pour cela qu’il était très difficile pour lui de croire à toutes ces histoires à dormir debout. Il ne savait qu’une seule chose : qu’on l’avait appelé pendant son sommeil, et il comptait bien revenir le plus rapidement possible vers son lit pour continuer ce rêve érotique interrompu qu’il faisait alors avec la nouvelle infirmière, mademoiselle Ducharme.  

Dr Tremblay se dirigea dans la salle d’attente… quand il vit une « ordure » (c’est le terme qu’il utilisait pour désigner les sans-abris) qui dormait paisiblement sur un banc. Jamais il n’avait vu une telle créature : sa peau était enveloppée d’une énorme couche de crasse très dense, des saletés immondes s’étaient incrustées sous ses ongles, ses dents pourries et gâtées étaient noircies tout comme l’étaient les haillons qui lui collaient à la peau, ses cheveux épais étaient enduits de gras, enfin l’odeur pestilentielle qu’il dégageait avait failli lui faire régurgiter le sandwich qu’il avait mangé à sa pause du midi.

Le médecin ignora la créature immonde et demanda à voir son IRM pour lequel on l’avait réveillé. Dès qu’on lui présenta les images, il vit… qu’il y avait un répugnant cafard à l’intérieur du cerveau de ce patient dégoûtant! Pire encore : ledit cafard semblait vivant! Pas étonnant, se dit-il, cet homme n’a pas pris de douche depuis au moins deux ans, il est parfaitement prévisible qu’il attire toutes sortes d’insectes qui pourraient être entrés par ses oreilles ou son nez pour trouver refuge dans son cerveau. Dr Tremblay était dégoûté, horrifié par cette découverte. Il pensa à toutes les fois où des araignées s’étaient installées dans sa maison : il ne les avait pas tuées, car cela le dégoûtait. Mais, ici, on atteignait un autre niveau d’horreur.

En plus, ce patient n’avait aucun symptôme! Il se pourrait donc que lui aussi ait un insecte dans son corps et qu’il ne le sache pas! Le médecin paniqua et appela son ami neurochirurgien pour qu’il vienne le débarrasser de cet insecte nuisible logé dans le crâne de son patient.

Il aurait été hors de question pour l’équipe médicale d’opérer un corps si répugnant. C’est pourquoi on força l’itinérant à prendre une douche en attendant l’arrivée du neurochirurgien. L’opération nécessita plus de cinq shampoings, trois gels douche et quatre gants de toilette.

Le corps du patient gisait maintenant immobile sur la table alors que son crâne rasé et marqué de lignes luisait sous la lumière bleutée de la pièce. D’une main habile, le chirurgien s’empara du scalpel et incisa la peau au-dessus du crâne jusqu’à apercevoir la dure-mère. Puis c’est l’os crânien qui fut dévoilé. Le médecin s’empara de la scie. Le silence fut interrompu jusqu’à ce qu’il pût apercevoir le cerveau. Il prit ses instruments et chercha l’insecte entre les replis du cortex. Or, après deux heures de chirurgie, on n’avait rien découvert. Le cerveau semblait parfaitement normal.

– Le parasite semble avoir disparu, dit-il au radiologue.  

À la fois heureux et très perplexe à l’annonce de cette nouvelle, le docteur Tremblay demanda à faire une autre IRM par simple précaution. Ce qu’il vit faillit le faire tomber de sa chaise. Ce n’était plus un cafard qui avait trouvé refuge dans le cerveau du sans-abri mais trois!

Il appela tous les médecins présents à l’hôpital cette nuit-là pour essayer de trouver une solution à ce problème. Comment les deux autres cafards étaient-ils apparus dans le cerveau durant la chirurgie alors que l’homme avait pris sa douche et qu’on n’avait rien trouvé lorsqu’on lui avait ouvert le crâne? Tout le monde avait très peur de cette découverte. Les autorités de l’hôpital avaient déjà signalé le cas à Santé Canada pour que la population fasse attention aux insectes présents chez eux au cas où il aurait s’agit d’une forme de pandémie. Après deux heures de discussions avec tous les spécialistes présents, personne ne put donner une explication rationnelle basée sur des faits scientifiques sur ce qui se passait.

C’est là que la nouvelle infirmière auxiliaire, mademoiselle Ducharme, qui avait entendu parler de l’histoire qui terrifiait tout l’hôpital, vint les rejoindre, disait-elle, pour « les aider ». Les médecins présents lui rirent d’abord au nez, se croyant plus intelligents qu’elle en raison de leur statut professionnel plus élevé. Après tout, ils avaient tous gradué de la faculté de médecine de l’Université McGill et avaient toujours été des premiers de classe. Tu n’as qu’un simple diplôme d’études secondaires, avaient-ils dit. Comment peux-tu être plus savante que nous?

Mais ce qu’elle leur répondit les laissa bouche-bée :

– Que vous êtes bêtes! Le cerveau de cet homme est en parfaite santé! C’est la salle de résonance magnétique qui est infestée de cafards. Ils sont sûrement montés sur le lecteur optique au moment de la prise de l’IRM. Comment avez-vous pu croire qu’un cafard puisse rester vivant à l’intérieur du cerveau d’un individu?

Laisser un commentaire