«Anna Kiri» : un thriller urbain aux images saisissantes par Louis Larochelle

, 9 octobre 2025,

Le dernier film du réalisateur québécois, Francis Bordeleau, nous plonge dans un univers urbain, mêlant Montréal et Gotham City pour créer une atmosphère unique. Ce long-métrage appartenant au genre du thriller s’intitule Anna Kiri et est sorti en salle le 26 septembre 2025. Mettant en vedette l’actrice Catherine Brunet dans le rôle principal d’Anna, le film fait appel à une bonne brochette d’acteurs talentueux tels que Maxime de Cotret, Caroline Néron, Charlotte Aubin, Anne-Marie Cadieux et bien d’autres acteurs connus ou émergents de la scène montréalaise. Le film remporte en août 2025 le prix du public pour le Meilleur long métrage québécois au Festival international de films Fantasia et continue d’impressionner ses spectateurs par son originalité. À travers une mise en scène et une ambiance visuelle riche, Francis Bordeleau apporte un regard sur la marginalité et les tensions sociales qui promet de laisser son public secoué !

Anna Kiri met en scène le personnage d’Anna, jeune délinquante orpheline vivant dans un squat de Montréal avec son frère et deux de leurs amis. Ensemble, ces jeunes commettent des crimes pour subsister. Un jour, un vol tourne mal et la bande d’Anna est recherchée par un redoutable gangster local. De plus, Anna perd son journal intime dans lequel elle écrit religieusement : il sera retrouvé par un professeur en littérature qui, impressionné, lui proposera une opportunité difficile à refuser. L’univers d’Anna sera donc bouleversé, et elle se retrouvera face au dilemme suivant: demeurer dans le monde du crime ou abandonner son frère et fuir les répercussions dangereuses de son vol pour poursuivre son rêve d’écrire.

L’un des plus grands atouts de ce film réside dans son esthétique visuelle riche et l’ambiance qu’elle suscite. Bordeleau privilégie une palette de couleurs sombres mais néanmoins sublimes, car les néons rouges et bleus sont omniprésents et apportent un magnifique contraste lumineux aux scènes nocturnes. Avec ses nombreux décors de nuit, Bordeleau arrive à romantiser le night life montréalais d’une manière qui résonne fortement chez le public local tout en ajoutant une dimension presque surréaliste à notre ville comme si Montréal devenait un espace à la fois réel et fantasmé. L’identité visuelle du film s’inspire également énormément des codes esthétiques punk et grunge, que l’on retrouve dans les décors urbains, les costumes ainsi que dans les textures qui se dégagent de chaque scène. Grâce à ce style bien défini, le film offre une véritable beauté des images qui constitue sans aucun doute l’un de ses plus grands points forts de ce film et laisse une forte empreinte après le visionnement.

De plus, la qualité du jeu des acteurs occupe une place essentielle dans la réussite du film et constitue un autre point fort sur lequel s’appuie Anna Kiri. Catherine Brunet, qui incarne Anna, réussit à rendre son personnage crédible du début à la fin. Grâce à ses expressions et à ses regards parfois fuyants, elle montre bien toute la vulnérabilité que vit son personnage et elle parvient à faire ressentir au public que quelque chose de profond la hante. Les acteurs secondaires offrent aussi de bonnes performances qui viennent soutenir celle d’Anna et renforcer l’immersion dans l’histoire. Ils aident à rendre les relations plus réalistes et à montrer différents aspects du monde dans lequel elle évolue. Je pense notamment à la scène du repas avec les écrivains vers la fin du film qui est, selon moi, le moment où la tension atteint son paroxysme. Anna est confrontée à un milieu intellectuel qui lui est étranger et son malaise face à l’arrogance si bien jouée par les acteurs est palpable. Bref, le jeu d’acteur est un atout incontestable de ce film.

Malgré mon opinion plutôt positive sur le film, il ne s’agit pas d’une œuvre parfaite. Anna Kiri souffre, selon moi, d’un manque de profondeur dans plusieurs arcs narratifs. Le backstory d’Anna, notamment en ce qui concerne ses parents et le traumatisme qui a marqué son passé, demeure trop vague pour véritablement enrichir le récit et est rapidement résumé en quelques flashbacks. Pour un film si axé sur son personnage principal, il aurait été pertinent de creuser davantage son histoire plutôt que de seulement la survoler. Ce choix scénaristique limite énormément l’impact émotionnel du parcours d’Anna et empêche le spectateur de développer un attachement plus fort et plus intime envers le personnage. Il s’agit donc d’un des importants points faibles du film et un réel potentiel inexploité qui m’a laissé quelque peu déçu par rapport au scénario.

Pour conclure, Anna Kiri est un film visuellement marquant qui réussit à capturer une version unique et esthétique de Montréal, portée par une ambiance nocturne vibrante. Le jeu des acteurs, particulièrement celui de Catherine Brunet, rend l’histoire crédible et engageante. Par contre, le film manque parfois de profondeur, surtout lorsqu’il s’agit d’expliquer le passé d’Anna ce qui peut décevoir par l’aspect inachevé et le potentiel manqué. Malgré cette faiblesse, Anna Kiri reste un long métrage original et captivant qui se démarque dans le cinéma québécois et y apporte un vent de fraîcheur.

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