À cette vie d’avant et celle d’après, de Tamara Senthia Dieudonné

                Il était huit heures du matin quand mon réveil a sonné. Une longue journée m’attendait déjà. Elle était longue, mais je ne sais pas comment. C’est ce que mon éditeur m’avait annoncé la veille avant qu’on se quitte. Je viens à peine d’emménager dans cet appartement. Il n’était pas grand, mais il me convenait. Je voulais juste prendre mon envol, alors j’ai pris celui qui rentrait le plus dans mon budget. Je n’ai pas à me plaindre. Je commence à peine à grimper les échelons. Après deux livres à succès fulgurant, j’ai pu me payer une autonomie. Je n’étais plus chez mes parents même si cela ne fait que quelques mois. Mais c’est mieux que rien. Pour être honnête, mon premier livre n’a pas été un succès assez vite. Il m’a fallu au moins deux ans pour pouvoir vendre mon centième livre. Et deux ans de plus pour faire un best-seller. Mais ce succès est dû à mon deuxième livre, l’étrangère. C’est un roman historique qui date d’avant l’ère de Jésus-Christ. J’ai toujours eu un penchant pour les anciennes civilisations et surtout un penchant pour l’histoire. Et mon amour pour les livres en plus de ma passion pour inventer des histoires ne m’a pas aidée. Alors j’ai décidé de tous les combinés. Et j’ai réussi à faire un métier. Voilà! J’étais attendue à la librairie des amoureux des livres pour une vente de signature que mon éditeur avait organisé pour le lancement de mon nouveau livre. Les publications étaient de plus en plus rapprochées. J’ai une imagination débordante alors j’en profite le temps que ça dure. À force de trainer, je n’ai pas vu l’heure filer. Je suis arrivée un quart d’heure en retard. Mon éditeur m’attendait à l’entrée de la librairie. Il n’était pas du tout dérangé par mon retard, au contraire. Il a trouvé que c’était bien d’être en retard et de faire patienter les fans. Je n’ai pas essayé de comprendre. J’ai signé des autographes pendant plus de trois heures. Alors que la journée filait, mes responsabilités ne s’étaient pas allégées, au contraire. Mes responsabilités sont restées les mêmes. Je passais d’un endroit à l’autre. Je ne me souviens pas que c’était le cas pour mon second livre. Je ne peux pas dire le premier puisqu’il n’a pas été un grand succès. Il a voulu me rassurer, mon éditeur, en me disant : « Plus tes livres sont populaires et plus seraient ton emploi du temps! » Je ne sais pas si je devrais me réjouir. Je me la pète, mais en réalité, je suis effrayée. Je suis timide de nature. Et il fallut beaucoup de menaces de la part de mon éditeur pour m’exposer au public. Ce n’était pas facile. Mais je sais qu’à chaque journée comme celle-ci, je pouvais ensuite me réfugier dans un endroit qui m’est familier et sécuritaire. J’accomplis mes tâches. Et j’ai pu me réfugier dans mon appartement tout de suite après. Quatre mois s’étaient déjà écoulés depuis la publication de mon nouveau livre. L’une de mes tâches de la semaine était de faire une lecture d’un extrait de mon livre devant quelques personnes. Je devais lire un extrait de mon livre devant au moins une trentaine de personnes. Ce sont des choses que je déteste faire. Je ne me plains pas. Mais je ne suis pas très à l’aise de prendre la parole devant des personnes, surtout des personnes que je ne connais pas. J’étais assise devant une trentaine de personnes. Plusieurs paires d’yeux qui me regardaient et attendaient que je commence ma lecture. Je prends une gorgée d’eau, me racle la gorge. Je commence par les saluer et faire un petit discours de bienvenue et de remerciements. J’ouvre le bouquin et commence :

15 juin 1917

Chère Mary,

J’ignore quand tu recevras cette lettre, mais je tiens quand même à t’écrire. Je suis à ma troisième tentative jusqu’ici. J’ai déjà essayé de t’écrire une lettre, mais je n’y suis jamais arrivé. Je ne sais pas trop quoi t’écrire alors j’essaye une fois de plus. Peut-être que cette fois-ci, je réussirai à t’écrire quelque chose, le peu qu’il sera. Comme on aime si bien dire : « la troisième est toujours la bonne » sauf pour toi, bien sûr. Je suis arrivé. Ça fera plusieurs semaines le temps que tu reçoives cette lettre. Mais bon, je voulais seulement te dire que je vais très bien. J’attends ta réponse, peu importe le temps que prendra ta lettre.

P-S Je t’aime!

À toi, ma bien-aimée

J’entame aussitôt avec la prochaine lettre. Je lis : 

05 septembre 1917 

Cher Lenny, 

Ta lettre a pris beaucoup de temps, mais je l’ai bien reçue. Je me suis inquiétée durant ces dernières semaines. Mais je suis très contente que tu sois arrivé sain et sauf. C’est fou comment le temps passe au ralenti quand la distance est devenue notre nouveau quotidien. C’est drôle parce que quand on utilise le mot « fou », c’est pour dire des choses comme : « C’est fou que le temps passe vite! ». Je compte les jours en espérant qu’ils passeront assez vite pour te revoir. Je sais que cela ne fait que quelques semaines, mais la solitude a la vie dure depuis que tu es parti. Je n’ai pas à me plaindre parce que je sais que tu vas me revenir très bientôt.

P-S : Moi aussi 

 A toi, mon bien-aimé!   

Je devais lire un extrait de mon livre. J’étais là pour une heure au moins. J’enchaine avec une autre lettre. 

28 décembre 1917 

Chère Mary, 

Où sont mes bonnes manières? J’ai oublié de te demander comment tu allais dans la précédente lettre. Alors, comment vas-tu? C’est égoïste de ma part de te le demander après de si longues semaines, mais comme le dit le proverbe, mieux vaut tard que jamais. Ma quatrième tentative s’amorce assez bien, mais j’espère qu’elle sera mieux que la troisième ou encore des deux précédentes. Mais bref! Tu ne sais pas si bien dire en disant que le temps file comme un escargot. Depuis que je suis ici, une heure me semble une éternité. Il ne faut pas se mentir, cet endroit ne ressemble pas à chez nous. Le cri des oiseaux est très différent par ici. Leur cri sonne comme un écho très sec. Il est parfois de façon continue. Il s’accompagne parfois par des cris d’animaux en détresse ou encore en fin de vie. Ne fais pas attention, c’est du jargon pour ne pas heurter ta sensibilité. Mais ne t’en fais pas pour moi, je vais très bien. J’ai hâte de rentrer et de pouvoir te serrer dans mes bras. Chaque coucher de soleil est un jour en moins pour pouvoir revoir tes beaux yeux. Je t’envoie un Bisou avec des mots!

P-S : Ton bien-aimé! 

Je continue : 

30 mars 1918

Cher Lenny,

C’est fou que le temps soit devenu un dénominateur commun très important depuis que tu es parti. J’attends chacune de tes lettres comme une intervention divine. J’y vais peut-être un peu fort, mais tu as compris ce que je veux dire en prenant cet exemple. Mais le seul problème, c’est que tu me manques. À part cela, je vais très bien. J’ai trouvé un travail en tant que tutrice. J’apprends à lire à des enfants de tout âge. Depuis que les hommes sont partis faire la guerre, nous avons repensé notre façon de voir le monde. Les femmes se sont montrées encore plus indépendantes depuis le départ de leurs maris. Les gens de ma communauté pensent aussi que c’est le moment d’évoluer. Et nous pensions qu’on ferait mieux de commencer par les plus jeunes parce que leurs cerveaux sont plus aptes au changement que les adultes. J’ai décidé de faire partie de ce changement. Je m’en tiendrai à former les jeunes cerveaux pendant que les autres continueront de se battre pour nos droits. Grâce à ce travail, j’ai un revenu qui rentre chaque semaine. Ce n’est pas grand-chose pour le moment. Mais avec mes économies, j’en aurai assez pour qu’on puisse s’acheter une maison à ton retour. Oh! J’allais oublier. Je dois te dire quelque chose. Mais c’est censé être un secret. Voilà! Mae attend un enfant. Ce n’est pas ça le secret. Elle est à son deuxième semestre. Ce n’est pas ça non plus le secret. Je fais perdurer le suspense parce que je trouve que c’est drôle de jouer avec tes nerfs. Alors le secret, c’est que tu es le parrain. Elle ne veut pas que je le dise. Alors tu feras semblant lorsqu’elle t’annoncera la nouvelle. Je ne te mets pas la pression, mais dépêche-toi de rentrer parce que ton filleul viendra bientôt au monde. Je crois qu’il aimerait voir ton visage quand il fêtera sa première journée sur terre. Je crois que cette surprise me ferait encore plus plaisir. Je sais que je dis ça à chaque lettre, mais j’attends ta réponse avec impatience.

P-S : Ta bien-aimée

Je prends une pause pour regarder mon public. Quelques-uns de mes locuteurs avaient relevé la tête pour me regarder prendre cette légère pause. Je termine avec cette lettre :

 4 octobre 1918

Cher Lenny,

Cela fait plus de six mois que je n’ai pas eu de nouvelles. J’ai compté les jours depuis ma dernière lettre en espérant de recevoir la tienne assez rapidement. Mais je n’ai pas eu de réponse de ta part. Je ne sais pas quoi penser. Je ne m’inquiète peut-être pour rien. C’est que Mae m’a dit quand je lui ai fait part de mes craintes. Je ne sais pas ce qui est plus bizarre dans cette situation. J’ai toujours entendu que les femmes enceintes passaient par plusieurs états lors de leur grossesse. Mais Mae est d’une tranquillité étonnante. Je suis celle qui fait qui fait un sang d’encre pour tout. C’est sûrement pour cela qu’elle essaye de m’apaiser. Elle est d’un grand réconfort depuis ton départ et surtout avec tout ce qui se passe avec mes parents. Mais je ne vais pas t’inquiéter avec ces petits soucis. Ce qui m’importe en ce moment, c’est que tu sois sain et sauf malgré ce silence prolongé. Je me dis peut-être que tu te trouves sur un autre territoire et que peut-être le temps pour recevoir la lettre s’est prolongé. Ou tu es peut-être trop occupé à combattre l’ennemi. Je me fais plein de scénarios qui sont peut-être faux. Mais ils te gardent en vie dans mon esprit. Et j’espère qu’ils sont assez puissants pour te garder en vie. Je t’écris seulement pour savoir comment tu vas parce que je ne peux pas te faire de réponse. Alors j’espère recevoir bientôt une lettre venant de toi et comme ça je te ferai une réponse en bonne et due forme.

P-S Je t’aime mon bien-aimé!

La plupart avaient déjà lu le livre, alors c’était plutôt facile. Je demande à une personne dans l’assemblée de finir l’extrait. C’était une façon de rendre l’évènement un peu plus intéressant. Et ce n’est pas plaisant non plus d’attirer toute l’attention et surtout de regarder des paires d’yeux qui ne nous quittent jamais. Mais heureusement, ce public était différent. Il levait les yeux seulement quand je marquais de longues pauses. Et ils ne le faisaient pas tous ensemble. Une femme dans la pièce se porte volontaire pour lire le dernier passage de l’extrait. Elle commence :

Elle n’avait toujours pas reçu d’autres lettres de la part de Lenny. Mais en gardant toujours espoir, elle continuait à l’écrire. Ses lettres s’espaçaient. Quand elle recevait des réponses de la part de Lenny, ses lettres se faisaient plus longues. Mais avec le temps, l’espace se rétrécissait. Elle l’écrivait chaque mois et puis chaque semaine. Elle n’attendait pas une réponse quelconque. D’ailleurs, elle ne postait pas ses lettres. Elle les écrivait pour une raison qu’elle-même ignorait. Mais elle continuait. Elle attendait le moment où Lenny lui enverrait une lettre ou encore une réponse à sa dernière lettre. Mais elle ne savait pas que sa dernière lettre resterait sans réponse à tout jamais. Du moins jusqu’à ce qu’elle apprenne ce à quoi elle s’attendait déjà. Elle se voilait seulement la face pour ne pas admettre la vérité éloquente de ce long silence. Le plus triste dans tout ça, c’est qu’elle n’a pas pu assister à ses funérailles. Elle a eu droit à une visite de la part du frère de Lenny. Les seules choses qui lui restaient de Lenny étaient ses souvenirs ainsi que les lettres que son frère lui a remises. Avant de lui remettre les lettres, il lui dit : « Il aurait voulu que tu aies ces lettres! » Il sortit quelque chose de sa poche, c’était un collier. Il ajouta : « Il t’avait acheté ce collier avant son départ en pensant te l’offrir en personne. » Il lui souhaita ses condoléances avant de partir. Elle tenait le collier dans sa paume et tenta de ne pas éclater en sanglots. Elle ouvrit sa main. Sur le revers de la médaille, il était gravé : « À toi! Pour toujours. »

Après sa lecture, elle reprend sa place. Jacob, mon éditeur, prend la parole. Il dit :

– Il reste encore un peu de temps pour les questions! Et si vous voulez un entretien personnel, attendez jusqu’à la fin. La période de questions était aussi longue que la période de lecture.

J’ai eu droit à toutes sortes de questions de la plus farfelue à la plus intime. Il y avait quelque chose de positif dans tout cela, je n’ai pas eu d’entretien en tête à tête avec les lecteurs. Cette journée était maintenant derrière moi. J’étais assise devant mon ordinateur non pas à écrire, mais à lire. D’abord, c’était des recherches sur la cuisine plus précisément, la pâtisserie. Je voulais un bon gâteau fait maison. Je m’appliquais à la tâche. Et je me suis retrouvée à consulter mes courriels. La plupart étaient de la publicité. Je reçois un courriel qui ne figure pas parmi mes contacts, une certaine Lucy. Le courriel disait :

Bonsoir Mary Jabot,

Je m’appelle Lucy. J’ai lu votre livre. Il y a cela, quelques semaines. Vous faites un travail formidable! Je vous écris pour vous faire part de quelque chose d’assez surprenant. Ce serait mieux que nous nous voyons en personne parce que cette situation est assez délicate pour se répondre par de simples courriels. Si vous êtes d’accord, vous pouvez répondre à mon courriel pour qu’on puisse trouver un moment pour se rencontrer. Mais libre à vous de refuser aussi. Merci!

Le courriel ne semblait pas venir d’un simple fan. Aussi bizarre que cela puisse paraitre, j’avais envie de la rencontrer. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais mon instinct me disait de répondre à son courriel. Je sens qu’il y a quelque chose de plus grand, mais encore de plus surprenant à ce courriel. Je lui écris :

Bonsoir Lucy,

J’ai bien reçu votre courriel! Je vous remercie d’être un fan de ce que je fais. Je trouve que c’est flatteur de votre part de m’écrire. Pour vous répondre, j’aimerais bien vous rencontrer en personne. Cela vous dit, demain à quatorze heures au café de la librairie des amoureux des livres. Au plaisir de vous rencontrer demain!

C’était fait. Je lui ai envoyé un courriel. Il n’y avait aucun retour possible. J’attends seulement sa confirmation pour que l’on puisse se rencontrer. Je n’ai pas eu à attendre sa réponse. J’ai eu une réponse aussitôt. L’heure lui convenait. Oui! Je lui donne rendez-vous. J’ai donné rendez-vous à une inconnue. Ça va bien aller! Il y aura beaucoup de monde autour, alors je n’ai rien à craindre. Je n’ai pas réussi à dormir cette nuit. J’ai tourné la situation dans tous les sens possibles. J’étais curieuse de savoir de quoi voulait me parler cette inconnue. Et j’étais surtout titillée par quelque chose, mais je ne savais pas quoi. J’allais satisfaire cette curiosité qui me démangeait. Je n’ai jamais vu un « deux heures » aussi long à passer. J’arrive sur place. Je me présente au comptoir. La caissière me la pointe du doigt. Elle m’attendait seule à une table proche de la fenêtre. Un coffret posé sur la table. Je la salue en m’avançant. Je prends place en face d’elle.

-Merci d’être venue! me dit-elle.

-Tout le plaisir est pour moi. Elle glisse le coffret vers moi. Je reste perplexe face à son geste. Pourtant elle semble savoir ce qu’elle faisait. Je finis par lui demander :

-C’est quoi? Elle insiste pour que je l’ouvre d’abord. Après une longue hésitation, je finis par ouvrir le coffret.

Il était rempli de papier plié qui datait. Les papiers avaient jauni avec le temps. Je prends celui qui se trouvait sur le dessus de la pile. Je l’ouvre. C’étaient des lettres. Celle que j’avais en main ressemblait mot pour mot à l’une des lettres qui se trouvaient dans mon roman. Je lis une deuxième, une troisième ensuite, une quatrième avant que mon cerveau se court-circuite. Je ne comprenais rien. Si c’était une farce, elle n’était vraiment pas drôle. Toutes les lettres ressemblaient à celles qui se trouvent dans mon livre. Le plus étrange dans tout cela, je ne connais ni la jeune femme encore moins ces personnes qui sont sûrement mortes aujourd’hui. Mon cerveau commençait à assimiler peu à peu l’information. Je la regarde. Elle dépose sa tasse et me dit :

-C’est de cela dont je voulais vous parler! J’ai aussi eu un choc quand j’ai vu que votre livre était identique avec ces lettres.

-Vous ne pensez tout de même pas…

-Non, m’interrompt-elle. Je ne crois pas que vous avez plagié ces lettres. Déjà, il fallait que vous soyez au courant pour les lettres avant que vous écriviez votre livre.

J’étais blanchie de toute accusation, au moins. Mais le plus mystérieux était encore à venir. Comment j’ai pu écrire ces lettres? Je lui dis :

-Comment j’ai pu écrire des lettres aussi identiques que celles qui se trouvent dans ce coffret.

-Je ne sais pas! dit-elle. Mais peut-être que nous sommes parentés et que vous avez peut-être entendu cette histoire par un membre de votre famille.

-J’en doute! réponds-je. Je n’ai jamais entendu cette histoire auparavant. Et nous n’avons aucun lien de parenté.

 -Alors, comment expliquerez-vous ce phénomène? Je ne peux pas me l’expliquer moi-même. Cela ne peut pas être une coïncidence. Une lettre peut en être une, mais pas une vingtaine. Seigneur! Comment je peux m’expliquer cela? Je replace toutes les lettres dans le coffret. Je lui remets le coffret, mais elle le refuse.

-Gardez-les! Je crois qu’elles vous appartiennent d’une manière ou d’une autre.

-Et si vous me parliez de ces personnes? Qui sont-elles?

-Ces personnes sont mon arrière-grand-tante et son fiancé, un soldat. Vous connaissez déjà l’histoire malgré vous. Je n’ai pas besoin de vous l’expliquer. J’aimerais bien démêler cette histoire avec vous, mais je dois partir.

Elle finit sa dernière gorgée et me remercie d’avoir accepté de la rencontrer. Je la regarde quitter le café. J’étais assise seule à ma table et je méditais sur cette histoire abracadabrante.

En rentrant, je dépose le coffret sur ma table de travail. J’ai fait le tour du salon au moins une dizaine de fois. Je me creusais les méninges, et je n’arrivais toujours pas à résoudre ce mystère. J’étais trop troublée pour pouvoir m’endormir. Je m’assieds à ma table de travail. Je lis le restant des lettres. Il n’y avait aucune logique dans tout ça. J’abandonne. J’ouvre mon ordinateur. J’ignore volontairement l’icône du courriel, je n’étais pas prête pour une autre coïncidence farfelue. Toute cette histoire m’avait donné de l’inspiration pour écrire une autre histoire. Je ne sais pas, mais je trouvais que ces deux personnes méritaient une nouvelle histoire. Elles méritaient une histoire où elles pourraient se côtoyer. Les mots ne seront pas importants parce qu’ils ont déjà échangé plusieurs mots à travers les lettres. C’était ce qui leur manquait tout comme dans mon histoire. Ils devraient arriver à se voir et peut-être à échanger des mots. Le peu de mots qui seraient. Je me creuse la tête pour trouver une idée. J’écris la première chose qui me vient en tête :

New York 1939. Les mains dans leurs poches, les gens avaient du mal à marcher sur les trottoirs gelés. La ville semblait très calme, du moins en apparence. Les quelques personnes qui se trouvaient encore dans les rues se pressaient soit de rentrer chez eux, soit de trouver un endroit où se mettre au chaud. Comme tous les autres, je me dépêchais pour me mettre à l’abri du froid, mais surtout pour aller travailler. Je travaillais dans un bar, chez Joe’s, comme chanteuse. Par choix ou encore par obligation, je travaillais. En entrant dans l’établissement, une chaleur s’y était déjà installée. Elle émanait des gens. Dans cet établissement, la barrière entre les races n’existait pas. Nous étions tous égaux. Et c’était dans l’un de ces rares endroits où il y avait de la tolérance. C’était peut-être dû à ce froid au-dehors. Mais tout le monde s’y trouvait ici. J’avais l’impression que presque toute la ville se trouvait au même endroit au même moment. Et c’étaient les rares fois où je voyais le propriétaire du bar aussi heureux. Toute cette joie était due au montant qui allait entrer dans sa caisse. Il m’annonça dès mon arrivée que je devais me dépêcher de monter sur scène.

J’étais à ma quatrième interprétation lorsqu’il entra. J’ignore qui il était, mais la peur narrait déjà sa réputation. Joe, le propriétaire du bar, avait déjà une affaire avec des racailles de ce type genre dans cette ville. Mais lui, il ne semblait pas faire partie des malfrats de bas étage. Il était sûrement l’une de ces grosses têtes qui tenaient la ville par la peur à en juger les gestes maladroits de Joe. Il était difficile de s’approcher d’eux à moins qu’ils le désirassent. De la chance ou encore de la malchance, il se trouvait là parmi les « autres ». La raison de sa présence était inconnue. Peut-être que c’était le froid au-dehors ou encore un règlement de compte qui l’avait fait sortir de sa tanière. Mais sa présence gênait. Les clients du bar semblaient tous suspects. Ils étaient sûrement liés d’une façon ou d’une autre à cet homme. Il portait un borsalino* gris et une veste en laine noire. Et sous sa veste, il portait un tailleur sur mesure gris ainsi qu’une paire de souliers noirs. Ils s’empressèrent tous de céder leurs tables. D’un pas décidé, il se dirigea vers le bar. Tous ceux qui se trouvaient au comptoir cédèrent leurs banquettes. Il s’assit sans se soucier de son entourage.

Je m’assis sur une banquette malgré l’avertissement de Joe d’un léger hochement négatif de la tête. L’homme assis sur la banquette me jeta un coup d’œil tout en sirotant son verre de whisky. Il semblait être âgé d’une trentaine d’années. De ce que j’avais pu remarquer lorsqu’il était debout, il ne faisait pas loin d’un mètre quatre-vingt de hauteur. Il hocha la tête en direction de Joe. J’ignore ce que cela voulait dire. Mais le temps de comprendre, Joe me servit un verre. Il finit sa dernière gorgée avant de se lever de sa banquette. Il sortit une liasse de billets de sa poche et paya. Dans un élan de bonté, il avait aussi payé mon verre. Il était peut-être d’humeur généreuse. Même le diable pouvait se montrer compatissant. Mais je n’avais pas besoin de sa bonté encore moins de charité venant de sa part. D’ailleurs, je ne le connaissais pas. Je refusai. Il sourit, fit signe à Joe de garder la monnaie. Il remit son borsalino* et se dirigea vers la sortie.

Après son départ, j’ai eu droit à une leçon de morale de la part de Joe. Il me dit : « Reste loin de ce genre de personne! Il n’apporte que des problèmes ». Il ajouta que c’était un conseil de père. J’acquiesçai d’une tête obéissante. Je retournai sur scène. Il était environ quatre heures du matin lorsque je quittai le bar. La température avait encore chuté. Et la rue était toujours calme. Il n’y avait aucune âme qui vive. Je déambulais dans les rues. Je pris quelques raccourcis. Je logeais les ruelles l’une après l’autre, à l’exception d’une seule. Elle faisait trop noire pour s’y risquer. Je continuai par la grande route. Après une bonne dizaine de pas, j’entendis un coup de feu fendre le silence nocturne par un écho. J’empressai le pas aussitôt. Dans ma course, je heurtai une poubelle métallique qui brisa le silence à son tour. Je fis tomber mon sac accidentellement et tout ce qui s’y trouvait à l’intérieur s’éparpilla par terre. Je ramassai sans perdre de temps et je me remis aussitôt à courir. Je traversai les trois dernières rues qui me séparaient d’un confort loin du danger. Je rentrai en courant dans mon appartement et me fermai à double tour.

Au petit matin, des cognements contre la porte d’entrée me sortirent de mon lit. Un homme se tenait devant ma porte. Il se présenta en tant qu’inspecteur Connor des crimes majeurs. Il me demanda de l’accompagner au commissariat. Il n’ajouta rien de plus. Je l’accompagnai sans résister.

Cela faisait déjà plusieurs heures qu’ils m’interrogeaient sur le meurtre qui avait eu cette nuit. J’ai eu droit à toutes sortes de questions. J’ai eu droit à : « Où étiez-vous vers quatre heures du matin dans la nuit du vendredi au samedi? » Ma réponse fut la même que les précédentes. Je répondis que je rentrais chez moi comme toutes les autres nuits. Ce qui était vrai. Pour la suite, il valait mieux que je ne dise rien. Je n’avais encore rien avalé. Ma bouche était sèche à force de répondre à leurs questions. Elles étaient toujours les mêmes, alors que les interrogateurs changeaient à chaque fois. J’ai demandé à boire à plusieurs reprises et je n’ai eu droit à rien. Si je voulais boire, il fallait y avoir droit. C’était révoltant. Je n’avais pas vu l’inspecteur Connor depuis que je me trouvais dans cette pièce. J’étais entourée de quatre murs gris. Et pour seuls objets, j’avais une chaise et une table métalliques. Ils me laissèrent le temps d’un soupir. L’inspecteur Connor entra dans la pièce suivie d’un autre homme. Il déposa un verre sur la table juste en face de moi. Je me méfiai. Il me rassura que le pot ne contînt rien de dangereux. Il me le justifia en prenant une gorgée. Il me présenta l’inspecteur Duncan. Cette nouvelle information ne m’apporta rien de nouveau. Je faisais la connaissance d’un nouvel officier à chaque fois depuis que j’étais ici. Je voulais seulement rentrer chez moi et tout oublier. Mais il fallait que je recommence à répondre aux mêmes questions pour la énième fois. Je commençai. J’ignore quelle heure il pouvait être, mais je n’en pouvais plus. J’étais fatiguée. Je n’avais qu’une seule envie, c’était de rentrer chez moi. J’ai dit tout ce que j’avais à dire une fois de plus. J’essayais de garder mes propos cohérents pour ne pas me condamner. Durant toute l’interrogation, il resta dans l’ombre. Il regardait ce qui se déroulait sous ses yeux sans dire pendant que son collègue m’intimidait par ses menaces. J’étais terrifiée, mais je ne laissais rien paraître. Cette information n’était d’autres qu’une preuve auditive, mais elle pouvait quand même me nuire. Il valait mieux que je me taise. Et d’ailleurs, j’ignore comment ils ont pu remonter à moi. Mais ça n’allait pas tarder. L’inspecteur Connor s’avança sous la lumière au centre de la pièce. Il m’assura qu’il me croyait, mais pas son collègue, non. Il fit signe à son collègue qui sortit de la pièce. Il revint quelques instants plus tard. Il avait à la main un petit sac en plastique. Il le déposa sur la table. L’inspecteur Connor me dit :

Ils ont trouvé ceci tout près de la scène du crime!

Cette carte vous appartient. Mon cœur fit un bond sur place. Cela ne prouvait rien. J’aurais pu le perdre à n’importe quel moment. Les hommes et les femmes qui s’étaient déjà trouvés ici avant moi m’avaient expliqué comment survivre à cette situation. Il fallait être plus intelligent donc de ne pas se laisser avoir par leurs ruses. Il valait mieux se faire tabasser que de renoncer à ses droits. Et il valait mieux se faire emprisonner que de dénoncer ses semblables. Mais aucune de ces règles ne s’appliquait à moi. Je ne me battais pas pour mes droits en tant qu’individu. Cette situation ne ressemblait à aucune situation qu’avait vécue un de mes semblables. Mais il fallait que je ne me laisse pas avoir. Et il fallait que je me batte pour mon innocence. Finalement l’une de ces règles s’appliquait à moi.

Vous allez faire quoi, m’inculper? dis-je calmement. Après tout, vous n’avez aucun compte à rendre à personne si vous m’enfermez. Je suis une proie idéale. Je suis noire en plus d’être une femme.

J’ai dit ça sans réfléchir. Et je ne sais pas ce qui m’a pris. Son collègue m’assura que c’était ce qui allait m’arriver si je ne coopérait pas. L’inspecteur Connor gardait son calme malgré cette réflexion. Je leur assurai qu’il valait mieux m’arrêter parce que je n’avais rien à dire. Je ne pouvais fournir d’explications sur ce soi-disant meurtre encore moins sur cet indice qui s’était retrouvé sur la scène de crime. Je savais où et quand j’ai perdu ma carte. Mais je n’allais pas le dire. Je ne ferais que creuser ma tombe. L’inspecteur Duncan s’empressa pour me passer les menottes, mais l’inspecteur Connor l’arrêta sur son élan.

J’ignore ce que mes collègues vous ont fait subir à vous ou encore à vos semblables, mais je peux vous assurer que je ne suis pas comme eux. Il ne va rien vous arriver.

C’était la méthode du bon et du mauvais policier. Je me répétai qu’il fallait être plus intelligent. L’inspecteur enleva sa veste pour se mettre plus à l’aise. Il tira une chaise et s’assit en face de moi.

Comme je vous l’ai dit plus tôt, je vous crois. C’était un pur hasard que vous vous êtes trouvée sur les lieux du crime au mauvais moment.

Alors pourquoi vous me gardez encore ici? dis-je en haussant légèrement le ton.

J’étais fatiguée. Ils ne m’avaient pas encore brisée, mais ça n’allait pas tarder. Je manquais de sommeil. J’avais soif en plus d’avoir faim. Je n’avais pas avalé leur café. Je m’en méfiais. Et cela faisait plusieurs heures que je me faisais encore interroger sur ce même sujet. J’étais agacée.

Parce que vous avez des informations que nous ignorons. Vous ne savez peut-être pas qui est le meurtrier, mais vous savez qui peut être derrière tout ça!

J’aimerais bien le savoir aussi. J’aimerais connaître ces informations que je suis la seule à savoir. J’aimerais savoir qui était derrière tout ça bien que je doutasse qu’il y ait une personne derrière. Je le regardai avec mes yeux vides. Ce vide était dû à la fatigue en plus des agacements.

Je vais être plus clair! Nous pensons que cet acte était un règlement de compte.

Je continuai à le regarder. J’ignorais toujours à quoi il faisait allusion. J’en avais marre. J’avais l’impression de tourner en rond. Eux aussi tournaient en rond. Ils ne faisaient que suggérer. Je ne sais pas quel rôle je jouais dans cette histoire, mais ils voulaient un bouc émissaire ou encore une fuite pour leur enquête. Peu importe ce que c’était, j’étais la clé. Enfin, c’était ce qu’ils laissaient paraître!

Nous pensons que c’est Lorenzo Mattia alias Lenny qui est derrière tout ça! C’est un homme très recherché par la police, mais il est très difficile à attraper.

Ce Lenny semblait être un gros poisson. Mais plutôt le gros poisson de l’inspecteur Connor. Il semblait très concerné en tout cas. Ce nom me disait quelque chose! Mais je n’arrivais pas à m’en souvenir. Depuis le temps que cette interrogation dure, c’était la première fois qu’elle évoluait même si nous continuons à tourner en rond. Aucune de ces informations ne me concernait. Je ne connaissais pas leur suspect. En aucun cas, je ne leur étais utile. Mais pourquoi il me gardait encore entourée de ces quatre murs? J’attendais la suite après cette question.

En quoi je me sens concerner? Je ne connais pas votre suspect!

Mon ignorance semblait les amuser. Mais cela ne m’amusait pas, ni le début, ni la fin. Ils essayaient sûrement de me prendre au piège juste pour pouvoir m’arrêter. Mais ils n’avaient jamais eu besoin d’un motif pour nous arrêter. Pourquoi maintenant? Cela me rendait paranoïaque.

Au contraire! Je pense que vous le connaissez mieux que quiconque. Un de mes informateurs vous a vu en sa compagnie.

Je creusai mes méninges pour me rappeler de ce suspect mystérieux qui causait autant de problèmes à ces personnes et par la même occasion à moi aussi. Je creusai encore et encore. J’ai dû repasser toutes les personnes que j’ai pu croiser durant ces quatre dernières semaines. Aucun d’entre eux n’avait le profil du suspect sauf l’homme que j’avais croisé au bar hier. Celui qui terrifiait tout le monde. Je restai sereine et dit :

Je ne connais pas votre suspect!

Laissez-moi vous rafraîchir la mémoire! Vous avez été vu en compagnie de Lenny hier soir au bar de Joe. À moins que vous essayiez de le protéger, je ne vois pas pourquoi vous le niez. Vous êtes sa girl*?

Alors là! Je ne savais pas trop quoi dire de cette remarque.

Je ne sais pas ce que votre informateur vous a rapporté, mais il a mal fait son travail. C’est la première fois que j’ai rencontré votre suspect. Si vous voulez tout savoir nous avions échangé qu’une seule phrase. Alors pour être sa girl* comme vous dites, il fallait échanger plus de deux mots. Si vous voulez coincer votre homme, cherchez à connaître les femmes avec qui il entretient une relation.

Ils se regardèrent dans les yeux sans rien se dire. Je venais de me faire griller. Je me suis laissé emporter. Il se leva de sa chaise, attrapa sa veste et se dirigea vers la sortie accompagné de son collègue. Je n’étais pas prête pour la relève qui s’apprête à reprendre le flambeau. Même si j’ai réussi à tenir jusqu’ici, les autres policiers ne seront pas tendres avec moi.

Personne ne s’était encore pointé. C’était deux choses, soit ils m’avaient oubliée, soit ils allaient me garder ici toute la nuit. Dans les deux cas, ce n’était pas bon pour moi. Mon travail en paierait le prix. L’inspecteur Connor revint peu de temps après. Ça a peut-être pris une demi-heure ou plus. Il revint seul. Il semblait très furieux. Il s’est passé quelque chose à l’extérieur de cette pièce qui ne lui avait pas plu. Et j’ignore si cela n’allait pas être catastrophique pour moi aussi. Il m’annonça que j’étais libre de partir. Je me sentis soulagée par la nouvelle. Je me levai de ma chaise. J’avais une de ces crampes aux jambes. Ça faisait quand même un bon bout de temps que j’étais assise sur cette chaise sans bouger. Il me remit ma carte. Je le remerciai malgré cette torture que j’ai dû endurer par sa faute. Je me dirigeai vers la sortie sans perdre de temps bien que mes jambes étaient alourdies par les crampes. Quand je suis sortie, il faisait déjà noir à l’extérieur. Je pris la direction de mon appartement.

Je me présentai quand même au travail malgré la journée que j’ai eue. J’arrivai par la porte secondaire. Je ne voulais rencontrer personne parce que mon arrestation avait déjà fait le tour de la ville de New York. Je n’étais pas prête pour ce qui se préparait. Les gens allaient me prendre dans leur pitié. J’aurais même droit à leurs témoignages ou encore ceux des autres. J’avais besoin d’un bon temps de sommeil avant de leur parler. De toute façon, je n’avais rien à dire. Qu’est-ce que j’allais dire? Je n’étais pas une militante pour les droits des noirs. Je ne m’étais fait prendre lors d’une manifestation. Il fallait bien que je trouve une histoire qui tiendrait la route parce que je n’avais pas envie d’expliquer que mon arrestation était due à un meurtre qui était peut-être lié à un caïd* de la ville. Je vois déjà le tableau. Je me changeai dans ma loge. Oui! J’avais une loge! Je me présentai au bar. Je demande un verre au barman. Joe n’était pas dans les parages ce soir. Il m’offrit mon verre. Avant même que j’aie fini de boire mon verre, Joe rentra dans la pièce soulagée de me voir. J’ai eu droit à : « Te voilà! Je me suis inquiété à ton sujet. » Au moins, ce n’était pas une leçon de morale. Il me dévisagea un long moment. Tu n’as rien? continua-t-il. Pourquoi es-tu venue travailler? Tu aurais dû rester chez toi. Je lui répondis qu’il fallait plus pour me briser. Je déposai mon verre sur le comptoir et pris le chemin de la scène. C’était ma façon d’éviter le sujet. Il faut plus pour me briser! Me répétai-je.

J’ai troué un titre qui serait peut-être accrocheur. Ça ferait peut-être un peu cliché, mais je pense à :

La belle et la bête

Plusieurs jours s’étaient écroulés depuis ce fameux évènement. Je n’étais plus dans le collimateur de l’inspecteur Connor ainsi que ses collègues. Il faut croire qu’ils m’avaient vraiment laissé tranquille. Les choses étaient devenues à peu près normales. Je n’ai pas eu droit au discours des autres rescapés de la prison. C’était un soulagement. C’était la veille Noël, le bar devrait être désert. Mais ce ne fut pas le cas. C’était bondé de gens. La musique battait son plein. Mes interprétations étaient encore plus vivantes que d’habitude. Il y régnait une chaleur vibrante.

Après plusieurs interprétations endiablées, j’optai pour une version plus douce pour calmer les esprits. Lorenzo Mattia entra dans la pièce, un cigare à la bouche. Le bout visible du bâton de tabac devint rouge vif entre les lèvres de son agresseur. Il enleva le cigare de sa bouche et laissa échapper une bouffée épaisse dans l’air. Il alla l’écraser sur le comptoir. Il porta son regard vers la scène. Je sentis mon cœur faire un bon sur place. Il fit un pas vers la banquette qui se trouvait tout juste devant le comptoir. Il s’assit. Les gens semblaient de nouveau tendus face à sa présence, mais ils tentaient de le cacher tout comme moi. J’essayais de finir ma chanson sans frémir ou encore de prendre mes jambes à mon cou. De l’autre côté de la pièce, il sirotait tranquillement son verre la face tournée vers le bar. Il n’adressait la parole à personne. Personne n’osait lui adresser la parole. J’entamai une nouvelle chanson alors qu’il enchainait un nouveau verre. Je commençai une nouvelle chanson aussitôt que la dernière prit fin. Je l’évitais. Il commanda un nouveau verre. Je voulais qu’il parte. Je n’avais pas envie de m’approcher de lui. Je ne voulais surtout pas avoir d’ennui comme la dernière fois. Je continuai à chanter. Il semblait ne pas vouloir partir. Assis au bar, il prenait son temps à siroter son troisième verre. Je débutai une nouvelle chanson traditionnelle pour mettre les clients dans l’ambiance des fêtes de fin d’année. Je faisais durer le spectacle pour ne pas me retrouver face à lui. Il finit par se lever de sa banquette. Il remit ensuite son chapeau et se dirigea vers la sortie. Il jeta un dernier regard vers la scène avant de franchir la porte. J’attendis une chanson pour me risquer au bar.

En entrant, je fermai la porte derrière moi. J’entendis frapper à ma porte pendant que je me changeais. Je m’empressai pour aller ouvrir. En ouvrant, Lorenzo Mattia était debout devant le pas de ma porte. Il était accompagné de deux hommes, tous les deux vêtus décemment. J’eus un moment de panique. Avant même qu’il ait le temps de placer un mot, je luis :

-Je n’ai rien dit! 

Il me regarda l’air confus. Il me demanda la permission d’entrer. J’hésitai. J’avais essayé par tous les moyens de l’éviter au bar, mais maintenant, il se trouvait devant ma porte et demandait à entrer. Je le laissai entrer. J’allais peut-être le regretter. Je venais d’inviter le diable à entrer dans ma maison. Il balaya la pièce du regard. Je ne sais pas pourquoi je l’ai laissé entrer alors qu’il me terrifiait. Apeurée, je lui dis :

-Je vous jure que je n’ai rien dit à cet inspecteur! 

Il afficha une tête interrogatrice. Il regarda de nouveau autour de lui. Je lui proposai de s’asseoir. Je restais sur ma garde parce que j’ignorais le motif de sa présence. Je réfléchissais à la façon dont j’allais m’échapper si toutefois, il était venu pour m’éliminer. L’appartement n’avait que deux fenêtres, l’une se trouvait dans la salle de bain et elle n’était pas tout à fait mobile et l’autre se trouvait dans la chambre, mais elle grinçait. L’entrée était complètement inutile parce qu’elle était gardée par ses deux sbires. J’étais prise dans un piège que j’avais moi-même construit. J’étais aux aguets. Au moindre mouvement, j’étais prête à agir pour sauver ma peau même si tous les issus étaient condamnés d’avance. Mon cerveau fonctionnait au maximum de sa capacité pendant que mes yeux cherchaient un issu possible.

Avez-vous peur de moi? Me demanda-t-il sur un ton calme. 

Je ne répondis rien. J’avais peur de dire une chose qui me condamnerait ensuite. Il me scrutait en tentant de deviner mes pensées.

Vous avez peur de moi, dit-il. Vous ne sembliez pas avoir peur de moi l’autre soir.  

Je ne dis toujours rien. J’évitais à tout prix de ne pas croiser son regard.  

Répondez-moi, continua-t-il sur le même ton.  

Il fouillait dans sa poche intérieure de sa veste et ajouta : 

Je prends très mal le silence quand je converse avec une personne. 

Je me reculai doucement. C’était ce dont je me doutais, il était venu pour me tuer. Mon heure était arrivée. J’allais mourir là et personne ne le saurait. Il sortit un cigare de sa poche et un briquet. J’étais soulagée de voir que c’était juste un cigare et un briquet et non un pistolet. J’ai eu la frousse de ma vie. Il porta le cigare à sa bouche, se pencha légèrement. Il alluma le briquet. Je le regardais faire sans rien dire. Je fixais les deux objets qu’il tenait dans les mains sans rien dire. Je n’aimais pas qu’on fume dans l’appartement et je n’étais pas une fumeuse. Il me regarda avant de porter la flamme vers son cigare. Il me demanda la permission de fumer. Je ne répondis pas. Il éteignit la flamme et abandonna l’idée de fumer dans la pièce. Il les remit dans sa poche. Je pris mon courage à deux mains et lui dit :

Écoutez! J’ignore ce que vous voulez et je ne veux pas le savoir non plus, mais vous devriez partir avant de m’attirer des ennuis.  

Il semblait ne pas vouloir partir comme quand il était au bar. Je continuai : 

L’inspecteur Connor est à vos trousses ainsi que la moitié des forces de l’ordre, je n’aimerais pas qu’il vous trouve dans mon salon! 

Je crois que je lui apprenais quelque chose, en lui disant cela. Il faisait sûrement semblant de ne pas savoir de quoi je parlais. C’était impossible qu’il ne sache pas qu’il fût l’homme le plus recherché de New York.

Ne vous en faites pas pour cela, il essaye juste de m’intimider. 

Peut-être. Mais je n’ai pas envie de me retrouver entre vos guéguerres. Vous l’ignorez peut-être, mais je ne fais pas partie de la race favorite.

Mon courage me montait à la tête sans que je m’en rende compte. Mais je n’avais pas envie de m’arrêter. Je ne savais pas ce qu’il avait en tête, mais il n’allait pas me tirer vers le bas sans que je puisse dire ou faire quelque chose. Il sourit avant de me rassurer que cela ne faisait pas du tout partie de son plan. Il n’ajouta rien d’autre, se leva de sa chaise. Il se dirigea vers la sortie et ouvrit la porte. Il me souhaita de joyeuses fêtes avant de franchir la porte d’entrée.  

La tension était redescendue. Il avait tenu parole sur le fait que la police ne m’embêterait plus. Mais lui, il continuait à venir. Je l’avais surpris une ou deux fois dans mon appartement sans que je lui aie laissé entrer. Et ces deux fois-là, il était resté dans le noir jusqu’à ce que j’arrive. C’était un choc au début, mais avec le temps j’ai fini par m’y habituer. J’étais toujours en vie quand il quittait l’appartement. Nous avions fini par sympathiser. On se parlait tout en évitant les sujets que nous jugions délicats. Il avait peut-être une mauvaise réputation, mais il n’était pas méchant. En tout cas, il ne l’était pas avec moi. Et c’était comme ça que j’avais fini par trouver le côté dont tout le monde ignorait de lui. Je le connaissais tellement bien avec le temps que je savais quand quelque chose n’allait pas. Comme quand je l’avais retrouvé à mon appartement l’esprit ailleurs. Ce n’était que la première fois. Et la deuxième, c’était quand j’avais remarqué une foncée sur ses souliers de couleurs marrons.

J’avais fait semblant de n’avoir rien vu. Cette petite tâche n’était pas anodine. Une tâche d’eau aurait déjà séché aux minutes près. Et elle n’aurait pas laissé de marque. Je n’avais posé de questions non plus. J’avais ma petite idée, mais j’ai préféré refouler les questions qui me venaient en tête. Je ne savais pas pourquoi. Le savoir m’importait peu. Les jours suivants étaient différents. Il venait un peu plus souvent. Nous passions des heures à parler de tout et de rien. Nous passions d’un endroit à l’autre, une ville, un pays et même un continent tout en restant à la même place. Les seuls endroits où nous franchissions étaient les pièces de l’appartement. Mais c’était agréable. Je ne me plaignais pas. C’était mieux que de rester entourer entre quatre murs sans parler à quelqu’un. La solitude, je m’y connaissais. Malgré cette amitié improbable, nous n’avions… j’avais fixé des règles qui ne nuiraient à aucun d’entre nous. En dehors de ces quatre murs, nous ne nous connaissions pas. De toute façon, nos chemins n’étaient pas pareils. Et quand on se voyait par hasard, on se communiquait par des regards que nous seuls comprenions. C’était une sorte de code. Nous avions développé beaucoup d’affinités, mais dans la discrétion. Mais cela était trop beau pour durer.

Il s’avérait qu’il faisait l’objet d’une enquête. Les policiers de la brigade criminelle avaient assez de preuves pour l’inculper. Il avait été arrêté dans l’un des restaurants qu’il possédait à Brooklyn. Il a été accusé d’une vingtaine de chefs d’accusation de toute sorte. Il a été reconnu coupable de trafic de produits illicites, de meurtres dont certain il était lié indirectement et tant d’autres. J’avais appris tout ça par l’un de ses hommes. Il avait pris le soin de m’écarter de tout ça pour que je ne sois suspectée de rien. J’avais appris cela aussi par ses hommes. Il m’avait promis que la police ne m’embêterait pas. Et il avait tenu sa promesse. Il s’était aussi arrangé pour que je n’entende plus parler de lui. J’avais continué ma route en tentant de tout oublier.

J’avais réussi à trouver un début et une fin pour donner une nouvelle vie à ces personnes dont j’étais leur porte-parole du présent. Mais je n’ai pas réussi à faire mieux pour les représenter. C’était comme si leur destin était tracé ainsi. Peu importe le temps ou encore l’époque, ils se trouveraient. L’histoire était condamnée à se répéter encore et encore avec des scénarios différents, mais la fin resterait la même.

Je n’ai pas réussi à dormir cette nuit non plus. C’est fou de voir comment un revirement de situation aussi improbable a réussi à me garder réveiller une nuit entière ajouter cette nouvelle angoisse cela fait deux nuits que je n’ai pas dormi. Je me sens fatiguée alors que ma journée commence à peine.

-Mary! Entends-je de loin. 

Je regarde Jacob. 

-Tu as l’esprit ailleurs! Me dit-il. 

Il ne sait pas si bien dire. Je repasse encore toute cette histoire dans ma tête. Elle était incroyable. Le plus incroyable, c’est que j’avais réussi à écrire cette histoire qui aussi vraie que Jacob qui tient devant moi à l’instant.   

-Je ne laisserai pas tomber, lui dis-je. 

J’ai peut-être une tête de déterrer mais, je tiendrai quand même ma promesse. Cette journée m’aiderait peut-être à oublier toute cette histoire. La journée s’est déroulée lentement. Et plus elle s’éternisait plus cette histoire me hantait. 

En entrant, la première chose que je fais après que j’ai déposé mon sac c’était de prendre mon ordinateur. Je consulte mon email. À part des courriels de fans et des publicités, je n’ai rien reçu d’autre. J’écris un mail à Lucy pour la rencontrer à nouveau. Je ne sais pas si elle apporterait des réponses à mes questions, mais il fallait que je la revoie. J’ai attendu qu’elle me réponde.

On s’est donné rendez-vous dans un café pas loin de son travail. Je me suis accommodée à son emploi du temps. Je suis arrivée quelques minutes plus tôt. Je commande un café et un croissant. J’attends jusqu’à ce qu’elle arrive. À son arrivée, on a d’abord discuté. Je ne voulais pas paraitre égoïste. Je lui tends le manuscrit. Il contenait l’histoire que je comptais publier. Je voulais avoir sa probation, premièrement pour qu’il n’y ait aucune autre coïncidence avec la vraie et deuxièmement, je voulais avoir son avis sur la manière dont je voulais représenter sa grande tante. Je lui laisse jeter un coup d’œil.

-Pourquoi vous me montrez cela? Me demande-t-elle.

-Et bien! Je voulais… Je ne veux pas que cette histoire coïncide avec une autre histoire qui s’est produite dans votre famille.

-Cette histoire est toute nouvelle! me rassure-t-elle amusée. Mais peut-être qu’elle s’est produite dans une autre famille. Qui c’est?

Je suis prise de panique.  

-On dirait que vous ne savez pas vous détendre.  

Je souris timidement.  

-J’aime bien le début de votre histoire!  

Je la remercie. Elle replonge la tête dans le manuscrit. Je me surpris à la regarder. Plus je la regarde plus elle me rapelle un air famille. C’était comme si je la connaissais depuis toujours. C’était plus qu’une impression parce que j’avais aussi un sentiment familier. C’est difficile expliquer tout comme cette histoire est difficile à croire. Je continue à l’observer. Je ne cherchais rien à prouver parce que je sais déjà que nous ne sommes pas de la même famille.  

-Vous me rappelez un air familier! risqué-je.

-J’ai cette impression aussi, me dit-elle en relevant la tête.

-Comment l’expliquez-vous? lui demandé-je. Je ne sais pas. Nous ne sommes pas de la même famille. Vous m’avez rassurée.

-Oui. Même avec des ancêtres très éloignés je ne pense pas qu’on serait de la même famille. Nos gênes se perdraient à chaque génération.

-Et c’est pour ça que je pense à une réincarnation.

Je ris à sa remarque. Il faut croire que sa théorie est folle aussi folle que la similarité des lettres et mon histoire. Mais elle me dit :

-C’est seulement les asiatiques croient à la réincarnation.  

Intéressant! Je lui dis: 

-Primo, je ne crois pas à la réincarnation. Deuxio, l’Asie n’est pas la seule civilisation qui croit à la réincarnation. Même si tout cela serait vrai, je ne pense pas que je serais votre arrière grande tante réincarnée. Alors, on va laisser tomber cette théorie.  

Je n’en suis pas fan. Et c’est stupide. 

-Et comment expliquez-vous cette coïncidence? Me demande-t-elle comme pour me convaincre.  

-Vous l’avez dit! C’est une coïncidence. Et nous allons en rester là-dessus jusqu’à preuve du contraire.

Elle finit la dernière page et dépose le manuscrit sur la table.

-Elle est intéressante votre histoire!

Elle regarde sa montre et me dit:

 -Ma pause est presque finie.

Elle me remet mon manuscrit et se lève de sa chaise. Elle met son manteau ainsi que son sac. Je l’arrête dans son élan et lui dis:

-Ça vous dit qu’on remette ça une autre fois? 

-Oui! J’en serai ravie.  

Elle prend un bout de papier et stylo. Elle gribouille quelque chose et me tend le morceau de papier. 

-Tenez! C’est mon numéro de téléphone. Appelez-moi quand vous voulez. 

-Merci! Dis-je en prenant le morceau de papier.  

Je l’ai regardé partir. Je suis restée assise, la tête dans les nuages. Je ne sais pas comment me l’expliquer. Mais elle me semblait familière. Ce serait plus facile d’identifier cet air familier si je l’avais déjà rencontrée quelque part. Dans un endroit où elle et moi en serions croisées accidentellement. Je ne suis pas du genre à quitter mon confort pour sortir juste pour le plaisir. Tout ça était un mystère. Un mystère que je ne pouvais expliquer moi-même. Je suis restée là durant plusieurs heures à trouver une explication à tout cela. Plus j’y pensais plus, cela devenait une obsession. Je sens que je vais bientôt passer à ma troisième nuit blanche. Génial! Je paie l’addition avant de quitter le café.

Presque un mois s’était écoulé depuis cette histoire et ce n’est pas pour autant que je l’avais oublié, au contraire. Je n’arrivais plus à la sortir de ma tête. Peu qu’il est, j’arrivais quand même à dormir. Je ne sais pas si c’est dû à mon obsession, mais je n’arrêtais pas de faire des rêves étranges. Je rêvais de mes propres histoires. Cette obsession était devenue de plus en plus grande tellement que ces rêves me semblaient très réels. C’était comme si j’avais vécu chacune de ces histoires. D’abord ça a commencé par « Chère Mary ensuite, la belle et la bête, après Cobayes et pour finir, L’étrangère! » Ce n’était pas drôle de se retrouver piégé dans ses propres histoires.

Pour faire abstraction de toute cette folie, je décide de sortir prendre l’air. Je prends quelques amies avec moi ainsi que Lucy pour aller manger. Après plusieurs discussions, le choix s’est porté pour un restaurant où les clients avaient le droit de chanter s’ils le souhaitaient. Elles étaient toutes d’humeur chantante et la majorité l’avait emporté. C’est un restaurant assez populaire au centre-ville. Après quelques verres, un bon repas et un bon dessert, quelques-unes d’entre nous décident de passer au micro pour chanter. C’était à cause des verres en plein. L’alcool donne toujours du courage au moins courageux. Je les regardais faire tout en prenant le plaisir de me moquer d’eux tous ceux qui osaient prendre le micro.

-Vous étiez formidable! dis-je avec encouragement.

-À ton tour m’encourage l’une d’entre elles. Tu meurs d’envie. Ça se voit.

-Je ne suis pas assez saoule pour ça, répliqué-je doucement. Je passe mon tour.

Elles commencent à scander mon nom pour que je monte sur scène. Je ne pouvais pas refuser. C’était le seul moyen pour qu’elles se taisent. Je monte sur scène contre ma volonté. Je demande une chanson. Je prends ensuite le micro et commence à chanter.  

J’étais au milieu de ma chanson quand je l’ai vue entrer dans la pièce. Il était seul. Il portait un col roulé bleu marin avec un pantalon en jean noir et un manteau en lin gris foncé. Je sens mon cœur faire un bond dans ma poitrine. Je ne sais pas pourquoi. C’était très bizarre. Je le suis du regard jusqu’au bar. Je termine ma chanson et retourne m’asseoir.

-Tu chantes très bien! me félicite, Lucy.

Je la remercie.

-Mary! m’appelle, Lily, l’une de mes amies. Tu peux aller nous chercher d’autres verres au bar.

Je ne me fais pas prier. Je m’exécute.  

-Je t’accompagne, dit Lucy.  

Son aide était la bienvenue. Nous nous dirigeons toutes les deux vers le bar. Je commande les verres. Je patiente. Je me retrouve près de lui. Je le dévisageai du regard comme si je cherchais quelque chose en particulier. Il sirotait son verre sans se soucier de ce qui se passait autour de lui. Il tourne la tête dans ma direction et me sourit. Ce sourire… Il m’est familier. Je l’avais déjà vu quelque part. Mais où je l’ai déjà vu?

-Je n’ai pas l’habitude d’être autant dévisagée, me dit-il, surtout venant d’une inconnue. Je reviens à la réalité.

-Je suis désolée! Je n’ai pas pour habitude de dévisager les gens surtout ceux que je ne connais pas.

-Alors pourquoi me dévisagez-vous?

-C’est la question que je me suis posée une fois que je m’en suis rendu compte.

Il sourit de nouveau. Il me tend la main et me dit:

-Je suis Lenny. 

-Lenny, répété-je. Enchantée! Je suis Mary. 

-Mary, répète-t-il. Enchanté! 

-Mary! Appelle Lucy. Les verres sont prêts.  

Je lui souris. Je prends les trois verres restants et emboite le pas. Je tourne la terre dans sa direction. Nous avons eu la même pensée. Je l’ai surpris en train de me regarder. Je retourne ma tête.

-Lenny! répété-je à voix basse.

Je tourne la tête à nouveau pour le regarder. Bizarre! Je retourne à ma table avec les autres. Très bizarre!

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