Être de lumière, par Marguerite Bombardier

La chaussée dégageait une immense chaleur, presque qu’insupportable sous leurs pieds. Ce fut un jour où tant de visages s’étaient démasqués, dans le sublime centre d’énergie de la cité. Le béton semblait respirer, haleter sous les yeux de dizaines de milliers de gens. L’air était bouillant en ce milieu de journée de septembre. Le soleil frappait directement les visages, car sans l’aide de ses compagnons les nuages, il consumait les plus sensibles petites peaux humaines. Les êtres remplissaient l’espace de plusieurs kilomètres de long. La manifestation prenait enfin place. 

Les tambours criaient leur élan en avant-plan pour finir répercutés dans les oreilles sensibles des marcheurs. Beaucoup avaient apporté des objets bruyants, brandissaient des pancartes à caractère percutant et criaient des phrases à l’unisson. L’énergie était palpable. Il existait une jolie eurythmie dans la cadence du peuple. Cette collectivité les avalait tout cru dans un câlin d’amour et de compassion commun. Ils venaient tous de cette terre, et s’en souvenaient. Leur passé continental, leur trahison, leur mélancolie devant l’abominable pouvaient aujourd’hui prendre une nouvelle direction.  

La parade se poursuivit un moment, toujours dans une avancée profonde dans un but pacifique ultime de changement manifeste.  

Certains purent alors apercevoir une mystérieuse femme assise doucement sur le trottoir. Elle dégageait une énergie méconnaissable. Ses cheveux allaient jusqu’au bas de ses hanches, ondulés, saluant le commencement de la sagesse grise. Elle se tenait très droite et semblait fixer des espaces invisibles que les autres ne percevaient pas. Elle reflétait une grande beauté, mais étrangère, car alors que la manifestation se déroulait, elle ne semblait pas en faire partie. Elle était apparue ce jour, avec les rayons du soleil, comme une incarnation renaissante d’ailleurs. Elle observait tout sans bouger, les yeux très grands ouverts comme des ronds miroirs, dans un calme et une sérénité digne des plus grands sages. Une belle brise vint flotter autour de ses cheveux. Un enfant s’avança vers la femme et déposa une fleur dorée sur ses jambes croisées. 

Ses yeux baissèrent vers la fleur : une nouvelle étincelle passa dans ceux-ci. Elle se leva et alla vers le milieu de la foule qui avançait toujours. Elle s’arrêta en son centre et se mit à faire des mouvements très gracieux au rythme des tambours tout en marchant. C’était une danse singulière; personne n’avait vu un être danser ainsi. Ils étaient plusieurs à commencer à remarquer sa forte présence émanant une différence… Les gens se tournaient progressivement vers elle. Ils étaient tous hypnotisés par le flux, la coordination de ses mouvements dans l’espace. La foule était comme aimantée subtilement par des énergies plus élevées. La dame à la fleur semblait irréelle, même surhumaine. Le temps semblait s’être arrêté. Ses mouvements s’inscrivaient tranquillement dans leurs mémoires et dans leurs corps. Ses bras prenaient l’allure de cercles ondulant parfaitement avec un rythme corporel universel. Et ses pieds étaient si légers qu’elle semblait flotter. Elle semblait toujours répéter la même suite de mouvements et de manière absolument instinctive, la foule se mis à répéter les mêmes élans, dans une synchronicité de divine transcendance. L’onde se répercuta tranquillement sur toute l’assemblée dans son évolution et bientôt, tous furent transportés par le même vent.   

Par l’effet de cette vague les transperçant tous et les menant dans la danse, une véritable valse collective les avala dans un souffle léger. C’est dans cette harmonie totale, dans cette connexion complète de leur part, qu’il leur fut possible de voir l’émanation astrale de couleur or de cette femme unique se distribuant à travers tout son corps. Au même moment, on pu remarquer que tous étaient dans ce même état d’existence. Des lignes énergétiques semblaient même les relier tous les uns aux autres vers elle. Ces cordes fabuleuses, presque transparentes, vibraient prodigieusement à travers tout l’espace du sol. Tout semblait s’illuminer d’une grâce divine. À ce moment, son énergie sembla prendre de l’ampleur. Elle s’arrêta, et puis un noyau irrésistible se forma autour d’elle, immense. Elle joignit ses deux mains vers le ciel et un flux énergétique impénétrable jaillit pour aller rejoindre le soleil de la même couleur. Les deux éléments étaient réunis. L’énergie entière de la foule fut alors secouée de spasmes. Ils étaient un sans avoir à communiquer aucune parole. Tout leur amour et leur espoir se distribuèrent au ciel et à la planète par l’entremise de cet être de lumière. Le tout était redevenu un seul.  

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