La cloche de détresse : une leçon sur comment ne pas manquer d’air, de Justine Camirand

Préface à La cloche de détresse, de Sylvia Plath

Plath innove en proposant ici un récit où le patriarcat et la folie ne font qu’un. C’est en effet l’étouffement sous les normes masculines qui emprisonnent Esther et la poussent vers l’hystérie. Sans être explicitement nommé, ce rapprochement se fait de plus en plus évident tout au long de l’œuvre. Le monde des hommes se divise ici en deux, ils appartiennent soit à la violence soit au monde médical, et parfois même aux deux à la fois. Comme c’est par exemple le cas du docteur Gordon ; figure emblématique et point tournant du roman, il initie Greenwood à la violence médicale à l’aide d’électrochocs administrés plus ou moins arbitrairement. Ainsi, les figures masculines combinent à elles seules les préalables propres aux pulsions de mort d’Esther, leur univers est morbide et pourtant immaculé, car clinique. Ils sont donc à la fois la menace et le remède.  

Bien sûr le réel tour de force de l’auteure réside dans le rythme méticuleusement étudié qui traverse son œuvre. Elle exploite le thème de la folie et du suicide avec une main de maître. Sa plume est déroutante tant elle est personnelle, d’autant plus que remise dans le contexte de la vie de Plath, elle apparaît au lecteur comme étant hautement autobiographique. Son écriture occasionnellement fragmentée et nébuleuse, nous pousse parfois pratiquement vers l’épuisement, voulant ainsi représenter une perte de conscience tangible. Comme c’est le cas à la suite de la tentative de suicide de l’héroïne : « Le silence est revenu, polissant sa surface comme une eau noire qui se referme après la chute d’un caillou. Un vent froid m’assaillait. On me transportait à une vitesse fantastique dans un tunnel plongeant vers le centre de la terre. Le vent est tombé, il y avait comme un grondement, celui de voix nombreuses qui se disputaient, protestaient, quelque part… loin. »   

Méritant amplement sa place de choix dans les classiques littéraires féministes, La cloche de détresse déroute, écorche et meurtrit. Pourtant, elle le fait en réponse à une nécessité. 

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